L’art et la vie
Le travail d’André Raboud est profondément marqué par la connaissance et le respect du matériau qu’il utilise principalement, la pierre, le travail de la pierre en taille directe. Les voyages et les rencontres jalonnent son évolution stylistique. En 1972, il se marie avec l’organiste Marie-Christine Theurillat.
A partir de recherches formelles centrées sur le thème de l’agression et de la concentration, le corps et sa volupté, il rentre de Crète en 1974 avec un nouveau répertoire fait de signes emblématiques, autels, haches et cornes. La mort du sculpteur et ami Marco Pellegrini et un voyage en Amérique centrale en 1978 l’amèneront à abandonner la production d’œuvres d’un esthétisme formel fondé en grande partie sur la sensualité pour se consacrer à des travaux plus symboliques qui prendront la forme de tables sacrificielles et de tombeaux. Recherche sur les gisants, les lieux sacrés, les lieux de passage. Naissances en 1981 et 1982 de ses filles Marie, Emilie et Mélina. Entre 1985 et 1988, travaux marqués essentiellement par la civilisation celte. De ses voyages au Japon en 1990 et 1992, il rapporte une impressionnante série de sculptures en lave et en serpentine sur le thème de L’homme qui crie, à la suite d’une visite au musée de la bombe atomique d’Hiroshima. Exécution dans ce pays d’une série d’œuvres monumentales principalement en granit noir. Mort accidentelle de sa fille Mélina en septembre 1992. De retour du Japon, il abandonne progressivement un type d’ornementation qui mettait en avant les mélanges de matériaux et les superpositions pour se tourner vers une sculpture plus intimiste et plus silencieuse. Nombreux travaux en granit noir et en serpentine inspirés par les thèmes de la philosophie japonaise, en particulier sur le thème des Jardins. Dès 1993, importante série de sculptures d’atelier en serpentine et en quartzite regroupées sous le titre Porte pour un ange. Travaux sur le thème du cadre abordé de façon très directe où la pierre éclatée s’oppose aux surfaces sciées ou polies. Dès 1999, La jeune fille et la mort, La mémoire et la mer, Les jeunes filles, Les grands passages, autant de figures emblématiques qui reviennent inlassablement hanter et nourrir le répertoire formel d’une production extrêmement généreuse et prolifique. L’ensemble de ces sculptures et leur évolution, le choix des matériaux utilisés, la technique même du travail constituent ainsi une œuvre très construite, à la charge symbolique forte, d’une volonté essentialiste affirmée et d’une capacité émotionnelle soutenue.
Nicolas Raboud
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